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Ces pages envolées
sous toutes les latitudes...

Ecrire est pour moi une forme d’évangélisation. Il y faut la patience du cultivateur. Un enseignement, une homélie, une exhortation passe, un livre demeure.
C’est un véritable labeur. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, j’écris laborieusement, revoyant, améliorant, fignolant indéfiniment un texte, certaines pages connaissant 5 à 10 moutures successives, avant que je ne lui accorde le feu vert
J’ai toujours 3 ou 4 livres sur le métier en même temps. Avec quelques uns encore en prévision, c’est à dire en gestation priante.
Je tâche de les écrire devant le Seigneur, implorant sur chaque page son Esprit de Lumière.
Sur la soixantaine de livres, il y a 2 types différents :
- les gros et les petits ou les ‘’plats consistants’’ et les ‘’hors d’œuvre’’ ou ‘’desserts’’.
- Les premiers creusent, approfondissent, émaillés de citations. Ils relèvent d’une théologie spirituelle nourrie de l’Ecriture et de la grande Tradition en ses 2 courants oriental et occidental.
- Les seconds visent à approfondir une rencontre avec le Seigneur et le faire aimer en ses différents mystères.
Enfin le dessert, ce sont les visages de saints (Jean Baptiste, Thérèse, François, Paul VI, Jean-Paul II) et particulièrement de jeunes, d’enfants à la vie parfumée par l’évangile (Les témoins de l’avenir, Ces enfants partis dès l’aube, etc…)
Les premiers sont le fruit des heures de ‘’lectio divina’, et de silencieuse contemplation écrits en solitude, les seconds le fruit de mes homélies à JL ou de mes enseignements en temps de mission, donc, « scribouillés » en avion, voiture et train.
Je ne saurais, ici, assez bénir d’avoir mis sur ma route des éditeurs qui sont de vrais frères et amis. Sans eux pas un de mes livres ne seraient nés.
L’avantage de cette œuvre évangélisatrice spécifique est que je puis y mettre la dernière main sans quitter la solitude. Mes plus gros ouvrages datent de mes années de désert. Encore aujourd’hui, c’est surtout en ermitage que j’écris. Emouvant de penser qu’écrivant une page dans un alpage de 2000m elle sera un jour lue par une multitude d’inconnus sous différentes latitudes.
Inconnus ? Pas toujours. Je reçois tant de lettres de lecteurs, surtout des jeunes. Un vrai dialogue s’échange, parfois sur plusieurs mois ou années. Je reçois mille confidences qui nourrissent ma prière. Les plus intimes ou douloureuses, je les dépose dans mon tabernacle, ou sous le corporal si je célèbre la messe seul, pour un temps ‘’d’incubation eucharistique’’ avant d’y répondre. C’est mon ‘’micro-onde pneumatique’’ (Pneuma : Esprit)
Et comment dire mon émotion de voir, en différents pays, ce ‘’Pâtre blessé’’, « dessiné » en gardant les brebis sur les alpages de Haute Provence, mis en scène et joué à Beyrouth et , Saïgon, à Saint Petersbourg et à Sao Paolo comme à Castres ou Florence.
Certains livres vont être ainsi plus aimés que d’autres.. Je ne suis pas maître de leur trajectoire.
Qui va lire, apprécier, aimer mon livre-enfant ? Grande inconnue ! Surprise totale . C’est une partie de moi-même livrée à tous.
Ecrire est une école de pauvreté, de vulnérabilité, de dépossession. Epreuve et bonheur à la fois. Une école de confiance aussi.
Comme un enfant, un livre me survit. Je passerai (du mot Pâques), lui restera. Et continuera son petit bonhomme de chemin…












